Business Room

Points de vue, vécus et expertises Télécoms et Cloud.

POINT DE VUE DE DOMINIQUE VERCOUSTRE, FONDATEUR DE PREST CONSEIL

E-learning, plateformes collaboratives et MOOC : la révolution de l'open éducation atteint les entreprises

e-learning-plateformes-collaboratives-vercoustre-dominique-180x225.jpg

L'open source a radicalement changé le monde du développement logiciel. L'open éducation et ses variantes sont-elles en train de révolutionner l'entreprise, dans ses façons de recruter et de former ? Analyse des tendances avec Dominique Vercoustre, vice-président de Personnel Association* et fondateur de Prest Conseil**.

En quoi l'open éducation change-t-elle le paysage de l'éducation et de la formation, et quelles sont les réalisations françaises ?

Avec l'open éducation, les cours des meilleures universités du monde sont mis à disposition sur Internet, souvent gratuitement. Et au lieu de les distribuer de façon passive, les enseignants ont la possibilité d'en enrichir le contenu, grâce à des échanges fructueux avec les élèves : les outils collaboratifs permettent cette co-création de contenus pédagogiques à haute valeur ajoutée. Pour les étudiants, l'aptitude à s'auto-former et à fonctionner en mode collaboratif devient donc primordiale.

Cette tendance à l'open éducation est en train de révolutionner l'enseignement supérieur, comme on le voit avec le phénomène des MOOC, les Massive Online Open Courses. A l'origine de ce mouvement, on trouve des universités aussi prestigieuses que le MIT, Harvard ou Stanford. Certains cours réunissent plus de 100 000 personnes, ce qui ouvre des possibilités d'interaction inconnues jusqu'alors.

Ces universités américaines ont été rejointes par des dizaines d'institutions européennes prestigieuses - dont l'Ecole Polytechnique, l'Ecole Centrale de Lille, ou l'Institut Mines Telecoms... A souligner que des acteurs non académiques - comme la TV des entrepreneurs - proposent aussi des MOOC aux contenus innovants.

En résumé, avec le modèle de l'open éducation et des MOOC, on assiste à un phénomène d'ampleur comparable à ce que l'open source a introduit dans le domaine du développement logiciel : une révolution. Cette révolution est d'ailleurs la même dans l'Education Nationale, où ces nouveaux outils permettent une gestion des connaissances différentes. Les professeurs peuvent les utiliser pour s'adapter aux différents niveaux ou pour compléter leur cours, et ils vont devoir s'y adapter...

Quelles sont les conséquences pour les entreprises ?

Pour la formation continue, grâce au collaboratif, les employés constituent des communautés d'expertise, dans l'entreprise ou inter-entreprises. La transmission se fait beaucoup plus grâce au partage d'expérience qu'au schéma classique théorie-pratique. Avec ces évolutions, on voit que le processus fondamental de création de valeur est impacté.

Pour l'entreprise, il est important de développer l'employabilité et les compétences individuelles, et donc de mettre à disposition de nouveaux contenus ou domaines d'expertises. Mais pas seulement en s'appuyant sur les formations techniques classiques : en provoquant les rencontres et croisements d'expérience.

Qu'en est-il de la transmission du savoir être ?

Le savoir être est très important dans le cadre du management, de la vente, et d'autres secteurs clés de l'activité de l'entreprise. Dans ce domaine, on trouve une offre importante de supports pédagogiques, notamment en vidéo, parfois adaptée à des contextes internationaux. Mais cela ne change pas le fait que, à un moment donné, l'apprentissage doit se faire en face à face. On peut imaginer qu'il se fera de plus en plus avec des outils numériques de visio ou de webconférence, au moins à titre complémentaire.

Par essence, les outils collaboratifs créent du lien. Ce qui amène les personnes à former des cercles de compétence et d'échange, qui persistent au delà des sessions de formation.

Comment voyez-vous l'évolution du e-learning dans les entreprises ?

Il y a quelques années, on parlait plutôt d'EAO (Enseignement Assisté par Ordinateur). Il s'agissait d'outils descendants, qui n'offraient presque pas de possibilités d'échanges entre apprenants. Puis est venu l'e-learning. L'expérience montre que les vidéos de formation diffusées par l'entreprise ne suscitent que rarement une véritable appropriation. Certes, une minorité d'employés va s'astreindre à produire des commentaires et voudra susciter l'émulation... mais globalement, et même si les vidéos sont courtes, de nombreux employés ne prendront jamais le temps de les découvrir.

En quoi le collaboratif est-il une alternative à la passivité constatée du e-learning ?

Le collaboratif et le dialogue en temps réel amènent des perspectives d'évolution importantes, autour d'un partage d'expérience. En effet, par construction, une plateforme collaborative impose à chacun de mettre ses informations à jour, et de suivre les évolutions sur les groupes et projets auxquels il participe.

Pour l'individu, le fait de participer et de partager devient donc une question d'e-réputation dans l'entreprise, sur le modèle de ce qui se passe sur les réseaux sociaux comme Facebook (voir notre article : Comment réussir l'intégration des jeunes grâce au numérique et aux réseaux sociaux).

Les outils d'e-learning et les contenus en libre service, même s'ils sont de bonne qualité, ne stimulent pas suffisamment l'envie, la curiosité et l'émulation - lesquelles sont des points forts du collaboratif. Il faut donc se souvenir que, in fine, les mécanismes à déclencher désormais sont ceux de la récompense sociale.

Qu'est-ce que les MOOC et l'open éducation vont changer du côté du recrutement et de la DRH ?

Au niveau mondial, on assiste au rapprochement de plateformes de distribution massive du savoir et d'institutions académiques très élitistes, habituées à pratiquer le numérus clausus. Ainsi grâce à l'open éducation et aux MOOC, une certaine démocratisation commence à apparaître : en France, on la voit déjà sur les CV ou dans les LinkedIn de certains candidats à l'embauche, sous forme de certifications ou d'une simple mention de participation à un cours prestigieux.

Pour le recruteur, cela donne une information sur la capacité du candidat à exploiter ce genre de réseau et à s'appuyer sur une communauté. Et cela, tant sur un aspect conceptuel que pratique.

Gageons que la prochaine étape sera celle des MOOCs proposés par des grandes entreprises ou des PME ayant une forte expertise. Elles pourront ainsi développer leur visibilité et leur e-réputation, attirer de nouveaux talents, créer des schémas de co-création et d'innovation ouverte, et susciter une émulation forte et permanente dans leurs équipes. Attention : tous les métiers sont concernés, pas seulement la hi-tech !

* Personnel Association réunit les DRH de grandes entreprises. Dominique Vercoustre est en charge de la commission intérieure « outils collaboratifs et évolution de l'entreprise ».
** société de coaching de dirigeants.

À lire également :
Travail collaboratif : le rôle fondateur de la DSI et de la DRH
Comment lancer son projet collaboratif sans (trop) mobiliser la DSI
Comment réussir l'intégration des jeunes grâce au numérique et aux réseaux sociaux

EN SAVOIR PLUS SUR CE SUJET :

innovation-pdv-integration-jeunes2-297x110.jpg
  • Date : 06/03/2013

Comment réussir l'intégration des jeunes grâce au numérique et aux réseaux sociaux

Robert Ebguy, sociologue, directeur de recherche au Centre de Communication Avancée (CCA), précise quels sont les outils numériques et les pratiques adaptés à une meilleure intégration des jeunes dans l'entreprise.

innovation-cb-travail-collaboratif-297x110.jpg
  • Date : 06/09/2013

Travail collaboratif : le rôle fondateur de la DSI et de la DRH

Vecteurs d'innovation, les plateformes collaboratives ou réseaux sociaux d'entreprise permettent de rendre plus simples et plus efficaces les échanges entre collaborateurs. Leur mise en place suppose que DSI et DRH travaillent ensemble, pour en tirer tous les avantages. Analyse et conseils de Dominique Vercoustre, vice-président de Personnel Association* et fondateur de Prest Conseil, société de coaching de dirigeants.

cb-rse-eric-laurent-297x110.jpg
  • Date : 26/09/2013

Comment lancer son projet collaboratif sans (trop) mobiliser la DSI

Un petit groupe de travail peut facilement créer «son» réseau social d'entreprise, pour mener à bien un projet collaboratif. En tant que collaborateur, comment démarrer un projet ascendant ? Et en tant que DSI, comment l'accompagner ? Conseils et récit d'Eric Laurent, qui administre un réseau social d'entreprise pour une Direction de l'Enseigne La Poste.